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Une présidence participative ?

21/05/2010

Qu’est-ce qu’une « bonne » démocratie participative ? Face à cette question complexe et hautement subjective, l’Association internationale pour la participation publique affiche sept valeurs fondamentales, que devrait adopter tout processus participatif . Alors que l’administration Obama affiche sa volonté d’implication du citoyen, il était tentant d’analyser son action au regard de ces valeurs. Stephen Koniecza a choisi d’adopter cette approche au sujet de l’une des manifestations les plus emblématiques de ce début de mandat : les débats en ligne de l’Open government dialogue. Le bilan en est mitigé, à l’image de nombre d’événements participatifs se développant dans le monde occidental.

Cet article est le quatrième d’une série revenant sur l' »International Journal of Public Participation », édité par l’association internationale pour la participation publique (AIP2 – www.iap2.org).

Pour l’AIP2, les processus participatifs de qualité incluent les caractéristiques suivantes :

  • droit des citoyens à participer aux décisions qui les concernent ;
  • influence réelle de la participation sur la décision ;
  • reconnaissance des besoins et intérêts de l’ensemble des parties prenantes ;
  • recherche active de l’implication des personnes concernées ;
  • participation du public à la conception même des modalités de participation ;
  • information totale et accessible à tous les participants ;
  • communication au public de la manière dont la participation a influencé la décision.

Ces valeurs fondamentales se veulent assez souples pour être adaptées à la grande diversité des thèmes pouvant donner lieu à la participation du public. Dans le cadre des premiers mois de la présidence Obama, le sujet est très vaste, puisque les citoyens ont été appelés à se prononcer sur les meilleures actions à entreprendre pour mettre en oeuvre l’engagement présidentiel en matière d’Open government. Un article précédent de l’International journal of public participation présentait déjà cette grande consultation en ligne, sur laquelle l’auteur revient ici plus en détail, analysant séparément la conception de l’événement puis son déroulement concret.

Un grand débat oui, mais pour quoi faire ?

« Participer, à quoi ça sert ? » La concertation ou la participation, sont devenus des mots incontournables dans le discours des décideurs. Souvent d’ailleurs, cette évidence dispense les responsables politiques de préciser outre mesure leurs attentes vis-à-vis des citoyens quand ils engagent un processus de participation. Pourtant, qui accepte de prendre du temps personnel à s’informer et à débattre d’un sujet sans savoir à quoi cela sera finalement utile à la collectivité, ni dans quelle mesure ces discussions seront effectivement prises en compte dans le processus décisionnel. De ce point de vue, le débat en ligne sur l’Open government partage quelques traits communs avec le très critiqué débat français sur l’identité nationale (certes en écartant les aspects les plus nauséabonds de ce dernier) : la problématique en question est on ne peut plus floue, et les participants sont invités à « aider les dirigeants » à mettre en oeuvre leur politique en les « éclairant » de leurs idées et propositions. Quant à savoir concrètement comment ces propositions seront intégrées au processus de prise de décision, il n’est pas certain que les responsables eux-mêmes y aient réfléchi. Si le débat américain distinguait une phase de « brainstorming » et une phase de synthèse et de discussion (avant une troisième phase de rédaction collaborative des propositions), le passage de la première à la deuxième phase manquait singulièrement de transparence : quels critères ont amené les responsables de la synthèse des idées à écarter certaines idées et à en retenir d’autres ? Rien ne permettait en effet de retrouver dans les propositions mises en débat la trace littérale des contributions originales recueillies initialement. De même, la marque d’une influence directe des contributions du public a continué à se dissiper au cours du processus puis dans l’élaboration des décisions finales.

Quant au « débat sur le débat », l’un des critères de base de l’AIP2, il a comme souvent été plus vif à l’extérieur du processus qu’à l’intérieur. Parmi les contributions émises, peu concernaient la structure même des discussions, moins encore ayant été suivies d’effets (à l’exception d’une prolongation d’une semaine concédée aux participants demandant davantage de temps pour élaborer leur réflexion). En revanche, les promoteurs de la démocratie participative aux Etats-Unis n’ont pas manqué de critiques envers les modalités du débat. Parmi elles, le manque d’ergonomie de la plate-forme de débat en ligne ne laisse pas de nous interpeller : si même des professionnels de la participation déclarent avoir eu des difficultés à comprendre comment poster leurs contributions, la participation de citoyens encore moins familiers de ce type de dialogue ne pouvait être qu’illusoire. D’autres critiques ont regretté le manque de possibilité pour les participants d’interagir. Compte tenu de la performance des moyens de participation en ligne, il est dommage que les organisateurs n’aient laissé la possibilité aux citoyens que de poster des contributions et de voter pour leurs idées préférées ; des fonctions de type réseau social auraient renforcé l’échange des points de vue, voire le développement d’initiatives de la part des participants eux-mêmes. Mais les responsables politiques sont-ils prêts à laisser une telle autonomie aux citoyens à l’intérieur de leurs propres espaces de débat ?

Rechercher la participation du public : plus qu’un affichage ?

La réussite d’un événement participatif tient certes à la définition initiale des modalités de débat, mais aussi à la façon concrète dont les discussions sont animées : d’où la nécessité de rechercher une participation sinon massive, en tout cas représentative ou du moins diverse. De ce point de vue, les efforts réellement entrepris pour susciter la participation des citoyens à l’Open government dialogue ont été plus que restreints. Bien que présenté à son lancement comme une « rupture » (un autre point commun avec la France), cet événement « sans précédent » n’a fait par la suite l’objet d’aucun communiqué de la Maison Blanche ni quasiment d’aucun article de presse. Plus qu’un grand débat national, l’initiative a donc avant tout consisté en un débat de spécialistes rassemblant à peine plus d’un millier de contributeurs.

D’ailleurs, quand bien même l’événement aurait fait l’objet d’une plus large promotion, l’accès à l’information n’en aurait pas moins constitué un frein important à la participation du grand public. Conduit à marche forcée, ce débat ne laissait qu’un week-end de battement entre chacune de ses trois phases. Dès lors, les participants n’ont eu que deux jours pour formuler des propositions sur la base des discussions conduites précédemment. Combiné au peu d’information laissée par l’administration sur ses attentes vis-à-vis du débat, ce facteur laisse imaginer un certain découragement chez bien des participants potentiels.

Une bonne volonté mais peu d’engagement concret

Dressant le constat sévère d’un débat imprécis, peu attractif et aux suites incertaines, l’auteur remarque néanmoins que rien n’obligeait l’administration Obama à lancer une telle consultation du publique ; le débat a ainsi eu le mérite d’exister, quitte à s’avérer riches d’enseignements grâce à ses défauts plus que par ses apports. Reste néanmoins l’interrogations, bien présente également dans d’autres pays, sur la sincérité de l’exercice : traduit-il un réel engagement maladroitement lis en oeuvre, ou bien seulement le souci de donner un vernis participatif à la politique menée ? Dans tous les cas, cette ambiguïté ne peut que nuire à la confiance du public envers ce genre de manifestation.

Au-delà de l’analyse de Koniecza, on pourra également s’interroger sur la pertinence réelle de tels débats nationaux, qui semblent voués à consister soit en un débat de spécialistes dont le grand public est absent (par exemple le débat français sur les nanotechnologies), soit en un « fourre-tout » où se mêlent indistinctement contributions sensées et propos de comptoirs. Ainsi, l’exemple de l’Open government dialogue paraît déficient non pas du fait de ses insuffisances de conception et d’animation, mais peut-être davantage parce que la méthode était mal choisie à l’origine. Sur ce débat très vaste – d’un point de vue géographique aussi bien que thématique- un  sondage délibératif aurait sans doute mieux permis de concilier la représentativité de l’opinion publique avec le temps nécessaire pour s’informer et élaborer une opinion réfléchie. Si l’on considère que la participation des masses est peu compatible avec les conditions de la réflexion et du dialogue, rassembler quelques centaines de citoyens pour quelques jours de discussion pleinement informée peut en effet représenter un bon compromis. Mais quelle que soit la méthode de débat, encore faut-il que les responsables politiques recherchent vraiment à inclure les apports des citoyens à leur prise de décision… ce qui nécessite de se ménager un temps et une sérénité peu habituelles dans la précipitation ordinaire de la communication publique.

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