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La génération des “millenials” investit le champ politique.

21/05/2010

Dans les précédents articles, l’ « International journal of public participation » a fait état des innovations participatives de Barack Obama en tant que candidat puis comme président. Une étude sociologique de Stephanie Boys constate une conjonction entre les stratégies employées et l’émergence d’une nouvelle génération de citoyens porteuse d’un fort désir d’engagement collectif. Nés après 1982 , ces « millenials » se sont trouvés au cœur de la victoire d’Obama et restent une cible privilégiée de la communication gouvernementale.

Cet article est le troisième  d’une série revenant sur l' »International Journal of Public Participation », édité par l’association internationale pour la participation publique (AIP2 – www.iap2.org).

Une génération demandeuse de protection mais aussi d’engagement collectif

A la différence de la génération précédente, plutôt défiante envers l’intervention de l’Etat, les millenials peuvent être considérés comme une génération soucieuse de protection et de sécurité. Sur le plan économique, la crise des subprimes a conduit les jeunes américains à rejeter les prises de risques inconsidérées et à désacraliser le rôle du marché : plus que le rêve américain d’une grande prospérité, ils se recentrent davantage sur des valeurs de stabilité. La campagne d’Obama a rejoint autant que renforcé cette attitude, en faisant largement appel au recueil d’histoires de vie de familles de classe moyenne ruinées par leurs emprunts, voire parfois incapables de payer leurs dépenses de santé. Pour cette génération, le mot « protectionnisme » n’est plus tabou. Dans le domaine de la sécurité proprement dite, cette génération dont l’enfance a été marquée par les attentats et par les tueries comme celle de Columbine a tendance à privilégier les mesures sécuritaires, dussent-elles s’accompagner de restrictions sur la protection de la vie privée.

Pour autant, ce tableau plutôt conservateur ne traduit pas un repli sur soi. Habitués à connaître une forte pression d’abord dans le domaine universitaire puis dans leur recherche d’emploi, les jeunes américains se montrent volontiers enclins à l’action, et plus particulièrement à l’action collective. Leur sens de l’engagement se construit avec la conscience d’une responsabilité collective, notamment envers les générations futures ; un sentiment d’appartenance collective renforcé par l’utilisation familière d’Internet et des réseaux sociaux.

Quand le message politique rencontre l’envie d’agir

L’équipe de campagne d’Obama, lui-même ancien community organizer, a adressé des messages correspondant parfaitement aux attentes des millenials. Sont-ce les dispositions de cette génération qui ont induit cette stratégie de campagne, ou bien est-ce au contraire le message de Barack Obama qui a fait naître cette mobilisation politique sans précédent ? Toujours est-il que les analystes voient dans cette synergie une élément-clé de la victoire : « sans le vote des jeunes, les 7% de voix d’avance de Barack Obama auraient été réduites quasiment à néant ».

La campagne d’Obama s’est notamment traduite par l’envoi d’un grand nombre d’e-mails personnalisés, correspondant à deux des traits de caractères principaux des millenials : le besoin de se sentir spécial et l’envie d’agir ensemble. Que ce soit dans la sphère universitaire ou dans la sphère professionnelle, les jeunes américains partagent en effet un fort besoin de reconnaissance, y compris dans leurs tâches les plus secondaires. Les courriels adressés aux jeunes ont habilement joué de ce besoin : les destinataires étaient appelés par leur prénom, l’importance de leur engagement était souligné, et bien sûr des e-mails de remerciements et de félicitations répondaient à chaque contribution.  L’appel à contribution financière n’étant pas le plus pertinent pour cette cible, l’équipe de campagne a insisté sur le fait que les jeunes pouvaient utilement donner de leur temps en démarchant leur entourage, organisant des actions militantes ou encore en tenant des bureaux de votes. Enfin, la personnalisation du message tenait également compte des différences géographiques. Comme le soulignait le précédent article, expliquer les impacts d’une mesure générale sur l’environnement immédiat des citoyens est un atout important pour leur engagement, d’où le besoin de différencier les messages selon les publics destinataires.

Contrastant avec la relative apathie politique de la génération précédente, les millenials ont ainsi participé à la campagne avec la conviction que leur engagement personnel, agrégé à celui de millions d’autres citoyens, aurait une incidence réelle sur l’élection et donc sur l’avenir du pays. Arrivé au pouvoir grâce à cette génération, Barack Obama ne pouvait pas décevoir cette conviction. L’administration a donc reproduit dans ses premiers mois d’exercice sa stratégie d’appel à l’engagement des jeunes dans la mise en œuvre du programme présidentiel. Parmi les exemples marquants, les millenials ont ainsi été appelés à soutenir la nomination du juge Sotomayor à la Cour suprême (imaginerait-on ici l’Elysée appeler les jeunes à soutenir l’entrée de Michel Charasse au Conseil constitutionnel ?), puis à soutenir la réforme du système de santé (sur ce point, on attendra prudemment l’issue de la réforme avant de juger du succès ou non de la stratégie démocrate).

Une génération de supporters ou de citoyens critiques ?

Les sociologues américains tendent à considérer que les caractéristiques de la génération des Millenials en termes d’engagement politique sont appelées à perdurer. Constituant 13% du corps électoral en 2008, ils en représenteront 19,7% en 2012 et 25,9% en 2016. Les auteurs cités par Boys semblent ce faisant considérer que la cohésion de cette génération restera plus déterminante que les éventuels clivages sociaux. Avec toutes les nuances que l’on doit apporter à cette analyse, il n’en reste pas moins que les stratégies politiques tenant compte des spécificités des Millenials restera incontournable pour les élections à venir.

D’un point de vue critique, on pourra s’interroger sur la portée politique de ce nouvel engagement des jeunes ; la stratégie démocrate n’a-t-elle pas tendance à créer une communauté de supporters plus qu’à favoriser l’esprit critique des citoyens ? Cela ne marque-t-il pas une tendance de Barack Obama à n’envisager la participation des citoyens que comme un soutien à l’action du gouvernement, et non à une réelle construction collective des politiques publiques ? D’un point de vue personnel, ce blog a plusieurs fois évoqué la contradiction entre la participation à des fins militantes et la participation dans un cadre de délibération publique. Comme dans d’autres contextes, il est à craindre qu’en mélangeant sans distinction l’appel au débat public et l’appel au soutien politique, l’administration Obama ne courre le risque de discréditer la participation dans l’ensemble de l’opinion publique.

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